A propos de la Conférence NTA Africa

En septembre 2015, les 193 pays membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030, programme dénommé Agenda 2030.  Celui-ci s’articule autour de 17 Objectifs de développement durable (ODD) se rapportant à trois dimensions : la dimension économique, la dimension sociale et la dimension environnementale. Visant à transformer et rendre le monde meilleur et à ne laisser personne de côté, l’Agenda 2030 est un ambitieux programme de transition vers un développement durable centré sur l’humanité, la planète, la prospérité, la paix et les partenariats.

En Afrique, la réalisation des ODDs s’opère simultanément et de façon intégrée avec le Plan décennal d’application de l’Agenda 2063. L’Agenda 2063 constitue le cadre stratégique conçu pour la transformation socioéconomique de l’Afrique dans une perspective de 50 ans. Il vise à accélérer les initiatives prises dans le passé et actuellement à l’échelle des pays et du continent, pour la croissance et le développement durable. Aussi dans cette perspective, l’Agenda 2063 reconnaît-il la nécessité de placer les populations africaines au centre de tous les efforts de développement et envisage « Une Afrique dont le développement est assuré par les peuples, qui puise dans le potentiel de ses populations, en particulier de ses femmes et de ses jeunes et qui s’occupe de ses enfants ». Il met un accent particulier sur la contribution que la dynamique démographique peut apporter à la transformation économique et structurelle des pays africains. Ainsi, les questions relatives à la gestion efficace de la population en vue d’une croissance économique durable constituent l’un des axes stratégiques fondamentaux de la réalisation des ODD et de l’Agenda 2063.

La mise en œuvre de ces agendas sur le continent s’effectue dans un contexte démographique et socioéconomique particulier. En effet, la dynamique démographique de l’Afrique est la plus spectaculaire au monde avec une forte croissance de la population. Selon les statistiques des Nations Unies, l’Afrique enregistre un taux annuel de croissance démographique de 2,5% durant la période 1990-2020 contre 1,2% pour l’Asie et 1% pour le reste du monde). Le continent est également caractérisé par une très jeune population (avec 60% de moins de 25 ans), conséquence d’une forte fécondité (4,8 enfants en moyenne par femme entre les années 2000 et 2020) et d’une mortalité encore élevée (la mortalité infanto-juvénile est de 78 décès pour 1000 naissances vivantes en 2020 selon World Population Prospects 2019, des Nations Unies). Le fossé avec les autres régions en développement est assez large. En effet, toutes les autres régions en développement sont à la fin de leur transition démographique avec une fécondité proche du seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme) et une espérance de vie dépassant 70 ans d’âge (United Nations, 2019). Selon l’hypothèse moyenne des projections des Nations Unies, la population de l’Afrique aura doublé d’ici 2050 et, s’élevant à 2,5 milliards d’habitants, représentera 26% de la population mondiale (contre 17% en 2020) et 32% des effectifs auront moins de 15 ans (United Nations, 2019). La forte population jeune africaine pourrait engendrer des défis en matière de développement du capital humain, de création d’emplois, d’infrastructures, etc. Cependant cette démographie devrait également être analysée sous forme d’opportunité, car la population constitue une donnée essentielle du potentiel économique d’une nation. En effet, une population nombreuse, si elle est formée et employée dans le cadre de la division internationale du travail, est un atout pour les pays émergents. Mais cette population représente aussi un poids, car il faut la nourrir, la former et lui donner un emploi.

Sur le plan économique, l’Afrique est marquée, au cours de ces trente dernières années par une évolution contrastée de sa performance économique. En effet, les taux de croissance annuelle de son PIB sont passés successivement de 2,4%, à 5,5% et 2,8% respectivement dans les décennies 1990, 2000 et 2010. Cette croissance économique rapide et remarquable dans la première décennie de 2000 avait fait souffler un vent d’optimisme sur les perspectives de voir le continent se hisser au rang des pays émergents. Malheureusement, l’impact de la crise financière de 2008 sur la demande mondiale a substantiellement ralenti la dynamique de croissance du continent. Les taux de croissance sont en baisse, notamment dans les pays exportateurs de pétrole et de minéraux (FMI, 2020). Cependant, il est observé que cette croissance économique ne s’est pas accompagnée d’une réduction significative de la pauvreté, les inégalités s’étant largement creusées à la fois entre les pays et au sein des pays. Les taux de croissance du PIB par tête sont demeurés faibles (moins de 2%) et parfois négatifs sur certaines années. En effet, malgré une croissance économique élevée, l’augmentation rapide de la population conjuguée avec des inégalités dans la distribution des richesses fragilisent le développement économique inclusif.

A cette situation, il faut aussi ajouter les répercussions économiques de la récente pandémie du coronavirus.  Selon le rapport Africa’s Pulse (2020) de la Banque mondiale, bien que l’Afrique soit faiblement touchée en pertes de vies humaines, les économies africaines ont été lourdement affectées par les effets de la COVID-19. Le taux de croissance du PIB réel des économies africaines s’est contracté de 3% en 2020 soit près de 7 points de pourcentage en deçà des prévisions du FMI datant d’il y a seulement douze mois. Les mesures de confinement adoptées pour ralentir la propagation du virus, ont contribué à une contraction de consommation intérieure ainsi que de l’investissement. Ce qui aurait entrainé un basculement de près de 40 millions d’individus dans la pauvreté extrême et une perte de la production de plus de 115 milliards de dollars (World Bank, 2020).

Le thème de la 2eme Conférence NTA-Afrique « Economie générationnelle dans un contexte de pandémie à COVID-19 : Implications pour les acquis des ODD en Afrique » est motivé par le désir d’appuyer les acteurs et partenaires au développement de l’Afrique à travers des recherches sur la place centrale des questions de population comme moyen pour renverser les tendances peu favorables des indicateurs économiques. Le défi est de contribuer, dans un contexte de crise sanitaire mondiale, à la décennie d’actions audacieuses afin d’atteindre les objectifs d’ici à 2030 en Afrique.